THES HSIAO TSUN BIENVENUE
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Le thé de Taïwan
Dans le monde du thé, Taïwan demeure souvent Formose ("La belle"), nom que lui avaient donné les Portugais au XVIe siècle.
Deux siècles de culture du thé
Le thé y est cultivé depuis plus de deux siècles. Bien que la littérature vernaculaire garde trace de théiers autochtones découverts dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle au centre de l'île, ceux-ci ne furent jamais exploités, et ne le sont pas davantage aujourd'hui. La taxinomie les a rattachés, sur la base de critères physiques, à la variété assamica.
Les expériences d'acclimatation
Les premiers théiers cultivés à Taïwan provenaient de plants rapportés du Fujian en 1796. Les expériences d'acclimatation initiales furent menées dans le nord de l'île, où les précipitations sont abondantes et les conditions géologiques favorables. Jusqu'en 1820, la même variété fit l'objet de multiples tentatives de culture, puis on introduisit d'autres cultivars, toujours en provenance du Fujian. Mais il s'agissait d'expériences à très petite échelle, sans visées commerciales.
Le thé donne des perspectives commerciales
Il faut attendre les années 1860 et la ratification du traité de Tientsin, entre la Chine et la Grande-Bretagne, pour que la culture du thé s'ouvre à des perspectives commerciales et que son produit devienne l'objet d'échanges réguliers avec l'étranger.
En effet, dès ses débuts, le commerce du thé à Taïwan fut placé sous le signe de l'exportation. Et quoique l'acclimatation des plants chinois, couplée avec la mise en œuvre de méthodes de manufacture importées elles aussi du continent, donnât de très bons résultats, notamment pour les Wu Long, l'exportation, dans les premiers temps, concerna en majorité les thés noirs et verts, principalement à destination des États-Unis et du Japon.
Une réappropriation du thé
Jusqu'en 1980, Taïwan exportait 80 % de sa production. Mais dès le milieu des années 1970, tandis que sévissait une très forte concurrence avec la Chine continentale en matière de thés verts et noirs "standards", l'État taïwanais a manifesté la volonté de réorienter la production vers le marché local, la qualité et les grands crus. Il s'agissait à la fois de secouer le joug de la concurrence et de libérer le marché insulaire de sa dépendance vis-à-vis de l'export en invitant les Taïwanais à se réapproprier "leur" thé. Ambitions nationalistes et rêves de rupture d'avec la Chine continentale n'étaient sans doute pas étrangers à ce désir de voir émerger une véritable culture taïwanaise du thé...
Toujours est-il que cette mutation économique, agricole et culturelle a pleinement réussi. Progressivement, les exportations ont diminué et aujourd'hui, 85 % de la production est consommée sur place. Thés verts et thés noirs sont devenus marginaux ; Taïwan peut s'enorgueillir de produire parmi les meilleurs Wu Long au monde et les grands crus constituent un secteur économique dynamique. Le secteur du thé s'est organisé autour d'associations de fermiers, qui œuvrent à la promotion de leurs thés sous la forme de foires-expositions, de concours, etc.
Un rituel
Enfin, un véritable art du thé local s'est fait jour : les Taïwanais se sont approprié le Gong Fu Cha, qu'ils ont raffiné et qui, de méthode de préparation simple et ouverte aux variations en Chine, est devenu chez eux un rituel bien plus codifié, avec notamment l'invention de la tasse à sentir.
Spécificités du thé Taïwanais et consommation
Aujourd'hui, Taïwan consomme majoritairement ses propres thés, essentiellement des "bleu-vert" - selon la terminologie chinoise -mais aussi des thés verts et au jasmin (dans les restaurants, notamment). En outre, l'énorme engouement que suscite le Pu Er n'a pas épargné les Taïwanais : ils en consomment depuis une dizaine d'années et aujourd'hui, le Pu Er est sorti du cercle étroit des amateurs éclairés. Depuis 1991, l'île importe davantage de thés qu'elle n'en exporte, et l'écrasante majorité de ces importations provient de Chine continentale.
Car tout autant qu'en Chine, le thé est partie prenante de la vie quotidienne. Chez eux comme sur leur lieu de travail, les Taïwanais disposent toujours d'une table spécialement dédiée au thé — un lieu privilégié d'échanges et de discussions. Ils le préparent selon les règles du Gong Fu Cha, mais ici, le "temps du thé", plus élaboré que sur le continent, prend la forme d'un rite. Il n'est pas impossible que l'influence, réelle et palpable, du Japon sur la culture de l'île soit à la source de ces raffinements - qui laisseraient entendre qu'à l'instar du Cha No Yu, les Taïwanais ont eux aussi développé un rituel propre qui les démarque de la culture continentale.
Les maisons de thé, où l'on peut souvent déguster des thés de très grande qualité, jouent un rôle important dans la vie quotidienne. Lieux de contrastes - à la fois havres de sérénité coupés du monde extérieur et foyers de vie culturelle, intellectuelle, artistique, commerciale et souvent politique -, ces maisons de thé abritent nombre d'activités et de conversations passionnées qui accompagnent le plaisir de la dégustation.
Les zones de culture
20 000 hectares cultivés
23 000 tonnes de thé produit
Un rendement de 1 150 kg à l'hectare
Située sous le tropique du Cancer, l'île réunit des conditions idéales à la culture du thé : plus de la moitié du territoire dépasse 200 m d'altitude et abrite de nombreux massifs montagneux (le sommet le plus haut, le mont Yu Shan, culmine à 3 952 m) offrant fraîcheur et humidité, très favorables à la production de thés de haute qualité. Les thés de Taïwan les plus réputés sont les thés "bleu-vert", ou semi-oxydés, que l'on distingue en trois catégories : les Bao Zhong, faiblement oxydés ; les Wu Long roulés en perles (Dong Ding, Jin Xuan, Gao Shan Cha...) ; et les Bai Hao Wu Long.
District de Nantou
La première région productrice de l'île (elle fournit près de la moitié des récoltes) abrite le village Lu Gu et son lac, berceau originel du Dong Ding, situé entre 500 et 800 m d'altitude. Dans le sud-est du district, le massif montagneux Shan Lin Xi, qui s'élève jusqu'à 1 800 m d'altitude, produit certains thés de haute montagne (Gao Shan Cha). Nantou et sa région produisent majoritairement des Wu Long en perles très denses que les Taiwanais désignent couramment par ce seul terme de "Wu Long", ce qui crée parfois des confusions.
District de Taipei
Une grande partie des thés verts produits par l'île proviennent de cette région. Ceux-là sont d'une qualité assez basique. En revanche, le district abrite une appellation modeste en termes de production, mais grande par sa qualité et sa notoriété : en effet, c'est autour de Pinglin, village situé au sud-est de la capitale, que sont produits depuis une centaine d'années les Bao Zhong, des thés à l'oxydation légère.
District de Hsin Zhu
Cette région de plaines, située dans le nord de l'île à une altitude de 100 à 200 m à peine, est le berceau des thés oxydés à 60 % et plus - une spécificité vraiment unique à Taïwan - dont font partie les Bai Hao Wu Long et leurs plus beaux spécimens, souvent baptisés Oriental Beauty. Les meilleurs jardins se trouvent dans les villages de Beipu et Emei.
District de Chia Yi
Ce district, qui abrite le massif des Ali Shan, l'une des régions les plus réputées de Taïwan pour les thés de haute montagne, représente environ 10 % de la production de l'île. Les plantations y sont situées entre 1 000 et 1 500 m d'altitude.
Le thé est également cultivé de façon significative dans les districts de Taitung, Tao Yuan et Miaoli.
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